samedi 22 août 2009

Sémio : Les différentes sphères de l'activité de l'enfant

La notion de ludo-éducatif est une notion forgée essentiellement à destination des enfants, ou à destination des parents dans leurs relations à l’enfant. La notion de ludo-éducatif implique une certaine conception de l’enfance, de la place de l’enfant dans la société, et de son rapport à l’éducation.

Le regard sur l’enfant a beaucoup évolué au cours de l’histoire. L’approche contemporaine illustrée par le discours ambiant dominant (politique, éducatif, commercial) et l’imaginaire social (fictions, programmes de divertissement) est dominée par deux grands aspects :

  • D’une part, l’enfant est un être à part, et à part entière, qui a des besoins propres, différents de ceux des adultes, un mode de fonctionnement spécifique : ce n’est pas un adulte en miniature.

  • D’autre part, la relation à l’enfant est structurée autour d’une opposition entre la contrainte et la liberté, avec des domaines où l’activité de l’enfant est contrainte, et des domaines où l’activité de l’enfant est libre.

La société prévoit deux grands espaces de contrôle des activités de l’enfant :

1. La famille et en particulier la relation parent-enfant. L’enfant est supposé soumis à l’autorité parentale (relation de type vertical hiérarchique), cette autorité est prévue par le code civil. L’enfant mineur a besoin que l’on prenne des décisions pour lui, pour son propre bien.

2. L’école et en particulier la relation maître-élève, qui est intrinsèquement liée à la notion d’éducation et de formation de l’enfant comme adulte et citoyen en devenir. C’est une autorité sociale qui exerce un contrôle spécifique concernant la transmission des apprentissages et des savoirs

En parallèle, la société développe tout un discours sur le désir et la capacité de l’enfant de s’affranchir de ces contraintes (par rapport à l’adulte qui ne peut pas toujours « fuir » ses responsabilités) et à avoir un « monde secret », un « univers à lui ».


Il existe une sphère d’autonomie qui est un espace propre à l’enfant, en marge ou en opposition à la famille ou à l’école. Ce peut être le chemin entre école et maison, un jardin secret, l’école buissonnière, une activité extra-scolaire ou toute autre activité qui serait en retrait de l’autorité, sans réel contrôle des deux instances.

La zone d’autonomie se comprend comme une zone libérée de la surveillance d’une instance de contrôle. Dès que l’enfant est seul ou dans un groupe d’enfants (les amis, les personnes de sa classe mais vues en dehors de l’école), il est déjà en marge, en retrait vis-à-vis de l’autorité. Il doit lui-même gérer sa relative indépendance, en tant que groupe ou qu’individu, à travers ses activités.
















La rivalité de ces 3 sphères, et la dialectique de la liberté et de la contrainte sont des constantes de toutes les fictions et feuilletons pour enfants, où l’enjeu consiste souvent à acquérir ou à définir cet espace d’autonomie situé à l’écart des deux grands univers soumis au contrôle extérieur (et à comprendre le prix de cette liberté, comprendre que cette liberté n’est pas de faire n’importe quoi, etc) : les premiers flirts, la tentation de faire des bêtises, de transgresser les interdits, etc.

Ces remarques préliminaires déterminent en partie la réception du phénomène des écrans, et le discours sur le rapport des enfants aux écrans.

En effet, le développement actuel des écrans favorise l’expansion de la zone d’autonomie de l’enfant qui peut jouer ou travailler seul devant son écran et se soustraire à la double autorité de la famille et de l’école.

Cette nouvelle forme de relation entre les enfants est leurs écrans peut donc susciter l’inquiétude des parents qui se demandent si leur enfant n’est pas en train de « s’abrutir » ou de « s’enfermer » dans un monde virtuel. Cette inquiétude porte sur tous les objets qui viennent concurrencer les instances traditionnelles de contrôle : la démocratisation des livres avait suscitée des craintes identiques, vis-à-vis de l’institution du mariage et de l’église notamment.


 Le rapport à l’enfant est régi par une dialectique de contrôle et de liberté.

 Ces éléments déterminent toute l’approche des écrans, y compris des écrans ludo-éducatifs.

 En effet le développement des écrans vient troubler les instances traditionnelles de contrôle en élargissant de façon inédite et non prévue l’espace de liberté laissé à l’enfant. Il suppose de nouvelles modalités de contrôle de la part des parents et des enseignants.



Des activités ludiques, éducatives, sportives

Indépendamment du niveau de liberté laissé à l’enfant, il faut tenir compte des registres d’activité de l’enfant. Ils sont de quatre grands types :

- Des activités ludiques, de jeu

- Des activités éducatives, d’apprentissage

- Des activités sportives, physiques (cette dimension sportive est importante car elle comprend également la notion « d’exercice » que l’on retrouve dans l’éducation, et les parents combinent parfois l’activité sur écran avec une activité « au grand air » qui sert de contrepoint).

- Des activités sociales au sens général : relations familiales, fêtes, etc




















Toutes ces activités peuvent être dirigées ou supervisées par la famille ou l’école ou l’enfant lui-même, être considérées comme des activités contrôlées ou libre.

Toutes ces activités peuvent s’imbriquer les unes aux autres, relever à la fois de l’une ou l’autre de ces catégories : il y a des activités sociales qui relèvent aussi de l’apprentissage, des activités éducatives qui relèvent aussi du jeu, etc.