mercredi 27 août 2008

Les différents types d'écrans

Par définition, un écran est un champ spatial délimité sur lequel de l’information est perçue sur différents modes sensoriels. Un film peut aujourd’hui être visionné sur trois écrans différents : le grand écran cinéma, le téléviseur, l’écran d’ordinateur.

Chaque écran (cinéma, TV, ordinateur) offre un mode d’apparition différent de l’image. De ce fait, chaque écran suscite une attitude de réception différente.



- Le grand écran

L’image de cinéma, présentée dans une obscurité totale qui occulte le monde alentour, s’impose au spectateur par sa vastitude. Celui-ci n’a pas d’autres choix que de se laisser immerger, absorber par l’image (l’espace diégétique), jusqu’à perdre conscience de son environnement réel (l’espace spectatoriel).

Au cinéma, rien d’autre n’existe plus en dehors de l’écran et de ce qui s’y passe : il n’y a pas d’autre espace ni d’autre temps que ceux spécifiques au film.

On peut comparer la situation du spectateur de cinéma à celle du rêveur : entièrement plongé dans le noir, le spectateur est capté par un rêve dirigé et cohérent, le film. Le spectateur cesse d’être un sujet conscient, pour passer dans un état de flottement onirique. À la fin du film, comme au moment d’un réveil, il reprend conscience de l’espace et du temps réels.

Le spectateur de cinéma est en situation de dépendance : n’ayant aucun pouvoir d’action sur le déroulement du film (début, arrêts, fin), il est entièrement abandonné au pouvoir du projectionniste.

Cet état passif n’amène pas du tout l’individu à avoir une attitude critique envers le film, car il n’est pas possible pour lui de créer une dimension de profondeur derrière l’image : il n’y a rien derrière l’écran.


- Les petits écrans : télévision et ordinateur

L’image d’un petit écran de télévision ou d’ordinateur est un pôle limité qui n’a pas le même caractère d’immersion que le vaste écran de cinéma. Pour la capter, le spectateur doit focaliser dessus. L’image de petit écran apparaissant au spectateur au sein de son environnement quotidien (son salon, etc.), celui-ci doit ainsi coordonner la co-présence de l’espace spectatoriel et de l’espace diégétique.

L’image offerte par la télévision, média qui se fonde avant tout sur l’idée de communication avec le monde, est celle d’un ailleurs existant, un ailleurs réel.

Sur chaque canal, le téléspectateur est soumis au déroulement “ fatal ” des programmes, sur lesquels il n’a absolument aucun pouvoir d’action. Son seul pouvoir est un pouvoir d’interruption de l’émission, mais aucunement un pouvoir de modification des programmes.

Le téléspectateur est un pôle d’accueil, qui a certes une intelligence de réception, mais est un pôle passif qui n’agit pas sur le programme, le pôle d’intelligence étant le pôle émetteur.


- L’écran d’ordinateur

A la différence du média télévision dans lequel l’intelligence n’est pas également répartie entre le pôle émetteur et le pôle récepteur, les médias informatiques sont intelligents aux deux pôles. L’écran d’ordinateur n’est pas seulement un champ de réception : il est aussi un champ d’inscription sur lequel le récepteur est agissant. A l’inverse de la posture de réception passive induite par le cinéma, l’internaute est un récepteur en permanente activité et interaction avec l’écran : il y incorpore une partie de son intelligence et peut intervenir sur le contenu.

A cet égard, les contenus offerts sur internet sont souvent loin d’être à la hauteur de l’intelligence du récepteur. Le média offre une richesse qui pourrait être exploitée beaucoup plus en profondeur.


La culture de l’écran Vs la culture de l’écrit

Quelque soit sa nature précise (cinéma, TV, informatique) la particularité de l’écran est d’être vide.

Contrairement à une feuille de papier, qui est à la fois un champ de recueil (lecture) et un champ d’inscription (mémoire matérielle), l’écran est amnésique : l’information est conservée ailleurs (dans la mémoire de l’ordinateur, sur une bande-magnétique, …) et l’écran n’est qu’un support susceptible de recevoir n’importe quelle information qui ne fait que passer.

L’affinité de cible qui peut être constatée entre le cinéma et internet peut s’expliquer par la culture de l’écran, qui n’est pas également partagée à tous les âges de la société en particulier. Les générations nées avec l’écran, qui aujourd’hui se généralise et se multiplie (cinéma, télévision, alphapage, minitel, internet,…) ont intégré la culture et l’attitude propre à cet artefact particulier. Par rapport à l’écrit traditionnel, l’écran représente un changement que les personnes qui l’ont toujours connu ne ressentent pas de la même manière. Les jeunes générations sont plus familières de la culture spécifique de l’écran et se meuvent avec facilité et aisance dans et entre les écrans.

De ce point de vue, il semble que la césure culturelle se fasse davantage sentir dans le passage de l’écrit à l’écran que dans le passage du texte à l’image.